requiem fantastique

Aux origines secrètes de notre alphabet – nom, graphie et nombre – de subtiles et fertiles correspondances symboliques. Poème musical en 22 séquences :

REQUIEM FANTASTIQUE

Prologue
Introduction: L’enterrement
1 A: La séquence de l’homme
2 B: Séquence énigmatique
3 C, G: L’île des séquences
4 D: La porte
5E Flashback
6 F, V, Y, U, W: Lettres d’amour
7 Z: Le zizi
8 H: A l’infini
9 TH(e) old man
10 I, J
11 K
12 Larmes
13 M
14 N
15 X
16 O
17 P
18 tsss…avance!
19 Q
20 R: Prière
21 Sagesse
22 T Epilogue: Renaissance

Introduction: L’enterrement

On avait bien pleuré. Pardi. Mourir si jeune. A ta santé, ami défunt, on lève un verre pour oublier le discours alambiqué de l’officiant. Un discours funèbre, c’est facile, il suffit de changer le prénom, d’adapter quelques paragraphes et de feindre l’affliction. Quelques concepts avalés tout rond en faculté. Des sourcils solennels. Sans oublier la poignée de main à la famille éplorée, important la poignée de main. Ferme, froide, fatale comme la mort. Souvent même conjuguée avec une haleine de naphtaline. Mais personne ne se plaint, finalement, car entre ceux qui pleurent vraiment, ceux qui baillent, et ceux qui regardent la femme du voisin, il n’y aurait qu’un cynique pour imaginer que le type col noir et blanc, à défaut de conduire en paradis, ressemble plutôt à un psycho à côté de ses pompes qu’à un passeur d’âme. Le plus beau moment de son discours, ça a été la minute de silence. Et finalement nous fûmes libres pour les quatre heures à la Vieille Couronne.

Le lendemain matin, ma femme étant partie chercher de l’eau à la fontaine, je fouillai dans les placards en quête de la panacée pour mes maux de tête, et je fus intrigué par une petite boule qui gisait au milieu d’un tablar, dans le creux d’un soutien-gorge, du côté du coeur, recouverte d’un bas noir, ma foi, des plus sexy. Cette petite rondeur énigmatique éveilla mon attention, car selon un bon vieux principe, ce qui était en bas, devint comme ce qui était en haut, et ce qui était en haut, devint comme ce qui était en bas, pour faire les miracles de ma chose. Sans plus attendre, je soulevai ce voile noir.

C’était une ampoule. Elle sentait légèrement le souffre. Je la saisis et la secouai doucement. Elle semblait fonctionner, alors pour vérifier, je la vissai dans la liseuse, doucement, pas à pas, un cercle après l’autre, de plus en plus profond, attendant l’instant où le mécanisme se bloque. Ca y est. Un choc lumineux, je perds connaissance.

C’est pourquoi, dès à présent, ce que je vous raconte, vous êtes libre de ne pas le croire, et je ne sais d’ailleurs pas s’il s’agit du début ou de la fin. Tirées au hasard, je ne vous livre que les séquences d’une âme en vadrouille, séquences inintelligibles, oniriques, drolatiques, en une sorte d’alphabet archaïque qui me taraude le fondement et me fait roter des symboles imagés et des rencontres d’un autre type, comme un pauvre taré solitaire qui eût pété les plombs, et chercherait le repos éternel.

Durée 40’. Commande de l’Ensemble Intercomunicazione. Par le Duo du Zoo. 

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