la voix magique

Il était une fois une princesse. Elle chantait et riait pour maintenir l’équilibre du royaume. Par cette grâce, chacun vivait heureux dans un univers harmonieux. Mais ce don constituait aussi une obligation: la princesse devait chanter et rire toute la journée pour la population. Un jour, elle désobéit au roi et pénètre dans l’unique pièce interdite du palais…

En guise de préambule…

La Voix Magique est un conte philosophique présenté comme un grand livre ouvert, ou une galerie de vitraux modernes. Il convoque et rafraîchit notre héritage culturel en le confrontant de manière irrévérencieuse à la civilisation contemporaine. Nous y réfléchissons aux rapports que l’homme entretient avec l’image, les codes de représentation et la spiritualité.

A l’heure de la culture de prestige, du zapping, du bruit, des rêves merdeux en conserve, des crises, des catastrophes médiatisées et de la folie humaine, revisiter l’instant dans son éphémère profondeur implique d’interroger notre patrimoine culturel, en un jeu de miroir. Et en le faisant vibrer, à l’instar d’une voix magique.

En franchissant la porte interdite, la princesse pénètre dans une galerie de peintures où les situations et personnages représentés prennent vie, illustrant les vices et vertus. Au fur et à mesure des airs chantés, la princesse est gagnée par la mélancolie et l’aphonie, dans un univers dévasté. Il lui faudra passer une série d’épreuves pour retrouver la joie, sa voix et le royaume de l’équilibre. Son périple lui fait rencontrer des allégories, des mythes, des célébrités, des légendes, des figures littéraires, spirituelles, picturales.

Les compositions musicales originales traversent styles et époques et utilisent un instrumentarium peu conventionnel. On y entend des formes musicales anciennes et modernes allant d’une fugue monodique à une improvisation collective, d’une furieuse aria à la mélodie du bonheur ! Des citations plus ou moins explicites (Mozart, Verdi, Moussorgski, Bach, Berg, Stravinski, Vierne, Messiaen, etc) sont entrecoupées d’improvisations, de mouvements entièrement originaux, de clins d’œil au folklore, relatant le parcours de la princesse à travers différents mondes harmoniques et sonores.

Résultantes de l’histoire de l’art, les 250 illustrations (!) de Rémy Guenin revisitent aussi bien de célèbres références picturales que la culture visuelle populaire, dans une entreprise de déconstruction et de reconstruction tant au service du merveilleux que d’un permanent deuxième degré de lecture.

Avec le précieux soutien de : Fondation Ernst Göhner, Fondation Vinetum, Fondation Concertare, Fondation culturelle BCN, Pour-cent culturel Migros, Canton de Berne, Ville de Bienne, Commune de Bévilard, Commune de St-Imier, Société des Concerts de la Collégiale de Neuchâtel.

À lire après le spectacle…

L’image possède des pouvoirs magiques au-delà de la simple vision. Objet de réflexion éminemment humain, l’image participe de nos opérations mentales, de notre vie affective et archaïque: elle plante ses racines dans nos structures imaginaires. Plus encore, l’histoire nous rappelle son statut controversé et ses potentialités extraordinaires. Loin de tout hédonisme, notre intention consiste à inviter à réfléchir, tout en tirant les leçons, philosophiques et émotionnelles, de notre héritage. La vieille querelle des images n’est pas terminée.

Le cinéma a supplanté l’opéra, la bande dessinée a remplacé la littérature. Nous vivons une époque de l’image. Un cliché, mais un constat vrai. C’est par le biais de l’oralité et du visuel que l’on peut toucher aujourd’hui, lorsqu’on cherche à faire passer un message, sous couvert de divertir. Nous proposons des fresques modernes : détournent-elles de la contemplation?

Plus encore, le rapport conflictuel, entretenu par l’homme avec son image, est illustré par La Voix Magique d’une double manière: en tant qu’élément générateur du vice, le miroir excite l’envie de la princesse (problématique de la représentation de soi, miroir = speculum), qui finit par être happée par les représentations elles-mêmes (la galerie de peinture). Nous souvenons-nous de l’humour de Cocteau? Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image.

La Voix Magique s’éteint aujourd’hui pour mieux briller demain, lorsque nous n’aurons que la nécessité profonde de rayonner, sous le soleil tranquille, au royaume de l’équilibre. Mais en attendant les contes de fée, de notre bouche en coin, la peur au ventre, il ne sortira que canards critiques et jugements bien pensants, alors que l’on continuera, aimablement, à faire la guerre lundi et à jouer au foot mardi. Sur grand écran. Les institutions religieuses, gardiennes des valeurs (?), auront bien fait leur travail. Constater le désordre contemporain et prier pour qu’il cesse, c’est évidemment nécessaire et louable, mais loin d’être suffisant.

Où est donc la clef pour sortir de nos téléviseurs?

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